Cité de la montagne

Je comprends mieux le prolongement de l’hiver. Mes belles pentes enneigées qui s’inclinent doucement et se déclinent indéfiniment, me permettent de glisser sans brutalité vers toi. Pour mieux m’introduire dans tes quartiers, j’enjamberai sans retenue l’Hudson, l’East river,  Harlem  river. Je sentirai le flux et le reflux de ta respiration.

 

Mais le premier pont que j’emprunte est cet arc en ciel qui relie mes montagnes à New York city…  « Somewhere over the rainbow »

 Les notes de la guitare de Jimi Hendrix me renvoient de belles images et  se suspendent au-dessus de l’atlantique. Il me suffit de suivre cette partition  ininterrompue et au final te saisir à bras le corps. New York, tu es à ma portée…

En exorde depuis mes cimes, encore  ivoirines  d’un hiver qui s’étiole tardivement, j’entreprends ce voyage.

New York évoque, à lui tout seul, la désignation d’une planète, d’une constellation. C’est dans la traversée de ton univers que  je poursuis ma quête…

Pourtant, New York, je gravite autour de toi et prépare en toute quiétude mon atterrissage. Je quitte doucereusement ton  orbite et me laisse saisir irrésistiblement par ton attraction. Je ne discerne plus la frontière entre mes montagnes et le nouveau monde.  Là-bas ne sera que le prolongement d’ici…  

La Sugar Hill perle sur les rebords de mon verre et chevrote encore sous le timbre de la voix de Cynthia Holiday. Je bois d’un trait le son du saxophone de Peter Valera, assoiffé de jazz et de swing, ... je suis désaltéré…
Je reste toujours accroché, sans doute pour l'éternité, aux ponts de la cité, lié à tous les burroughs de la ville, toutes les pièces de ma demeure.


 

J’ai en tête la musicalité de la ville.

Lester Young s’échappe des  chansons d’Yves Simon et me joue de son saxophone en  toute intimité. Je suis en mesure d’écouter les tonalités et les résonnances de la ville.

Avec un semblant d’élégance et dans un balancement jazzy, je suis le tempo que m’impose New York. Je swingue dans les rues sans vaciller. Manhattan, moi aussi je suis au coin d’une de tes rues et je n’attends personne.


D’ici, j’entends le bruit du métro qui s’arrête, tel un chien qui glapit derrière une porte, ainsi que les clameurs jaillissantes du volcan provenant du ballpark du Bronx. J’entends les murmures de passage et les pas retardés des voyageurs, qui résonnent sous l’horloge de Grand Central. Je suis encore ébloui par l’incandescence de Times Square, qui projette sur des écrans interminables, ses images narratives. J’entrevois toujours le compte à rebours des rues, de 132 à 59, qui défile updown, d’Harlem à Colombia Circle. Ma rétine ne cesse de restituer les visages enjolivés ridés et lissés des new-yorkers, s’acheminant je ne sais où. Je discerne encore les effluences gourmandes, émanant des trottoirs, douce tentation exhalant mon appétence et celle des passants. 
 

La Durance impétueuse, d’une fonte des neiges qui s’accélère à bien sur des allures d’East river. Le jardin de l’archevêché se réveille sous la même lumière que Bryant Park. Les visages burinés des montagnards ont reçu le même soleil que les gens d’Harlem…

… Je cours, je navigue, je vole, mais je reviens toujours à New York…